mercredi 7 juillet 2010

obsession

Te souviens-tu de la rosée fleurissante ? Te souviens-tu de la triste mélancolie ? De ta chevelure noire je m’enfuis, me fuis. Et bien oui.

Les secondes défilent, rebondissent, tant de temps. Ce soleil caressait une belle mer, un léger mouvement la secouant, tu t’y frottais, tu y plongeais. Ce rire au fond perlait. Mais que dire ? Cercle vermeil à ton cou, je ne peux plus. Te raconter cette chanson, là où la musique pleure, là où la musique rit.

Qu’avons-nous fait ? Tout simplement, rien, rien !

Ils étaient là, au nombre de trois, immobiles, leur regard se fixait vers cet azur de neige. Des arbres autour d’eux. Ils frissonnaient, déployaient leur majestueuse sphère. La terre retournée. Là où tout s’enfonce, méandre continu, souvenir il se nomme. Sa couleur ? A chaque instant elle change, à chaque instant elle renaît. L’océan au loin criait, vermeil, vermeil ! L’orangé de chaque histoire se pointait. Hermine un homme à son bras se promenait, elle souriait. Au dessus, tout proche un regard de pierre l’observait, la contemplait. Une larme y perlait, y coulait. Le geste droit, le verbe doux, la lente clameur. Les cheveux recouverts d’une simple perruque, le collerait droit, l’habit sec. Il parlait sous les moqueries, une vertu dans l’âme et le cœur, il ne savait trop quoi faire. Sa mémoire ? Elle s’enroulait, se piégeait malheureusement dans la terre, oh oui malheureusement. Son nom ? Oublié, mais quel regard ! Quelle âme ! De l’audace il te manqua, de la clémence il te manqua. Crie, crie ! Dis à Hermine, tu l’aimes. Tu veux frotter tes pas sur le sol, tu veux fredonner, tu veux lâcher toute ta beauté, tout oublier. Dans le mouvement tu crisses. Le sable tu le connais trop. Une fleur à ton cou je t’oublie, c’est une jacinthe, une belle jacinthe.

Une belle vision de l’oubli, je t’y perds. Te reverrai-je ? Te souviens-tu ? J’imagine au fond que non, je n’étais pas tien. Dans l’azur de neige je repars, là où tout rebondit, là où chaque divertissement se retrouve. Adieu, n’ayant plus rien je ferme mes yeux , tes yeux.

Thomas Debris

mardi 22 juin 2010

la manœuvre

Je vois ses yeux torves un brin asphalte
derrière la pluie abondante qui me colmate
mes cheveux bestiaux sur mon front soucieux.
Je doute du gros barbu et de ces sonates,
de ces disques noirs et de ces platines mates.

La plume brisée en trois,
d'où l'encre s'éparpille,
flotte désormais sans moi
sur les manuels en pile.

Rictus joyeux aux lèvres
elle m'annonce les yeux plissés
l'infini de notre fièvre.

Une douce nuisance sonore
me frotte les tympans

Gris, bleu marine, jaune voire d'or.
Mes couleurs sont partagées.

Arthur Levassor

dimanche 13 juin 2010

que cherche-t-on ? (éditorial 1, #6)

« Et avec un ravissement exalté il crut comprendre
dans ce coup d’œil l’essence du beau,
la forme en tant que pensée divine. »


Ils croyaient qu’on leur avait volé tous les discours possibles. Tout avait été débattu, la messe était dite en toutes les langues, aucun point de vue n’était plus original. Le pour et le contre se côtoyaient dans la tombe et l’entre deux était toujours d’un fade stérile et inconséquent. Pourtant, quelque chose les démangeaient, comme un exéma dont on n’arrive pas à se défaire : ils voulaient encore parler. Ils voulaient encore parler, alors heureux et ensemble, ils choisirent une éthique du rien : sans plus rien dire qui ait du sens, pourtant ils parlaient. Désintéressés des préjugés et des choses subtiles mais déjà entendues, qu’avaient-ils à perdre en ne disant rien ? Après, la mise en forme était automatique. Elle découlait d’un non-sens qu’ils ne cherchaient pas mais qu’ils trouvaient spontanément, et plus beau que s’ils avaient voulu s’exprimer dans la contrainte du sens. Mais qu’est-ce que la parole en poésie ? Est-ce dire des choses, ou bien au contraire la parole poétique est-elle favorisée par le néant sémantique ? Cette parole pourrait se figurer dans un agglomérat de sons, dans une partie de ping-pong mentale où les adversaires seraient le faire voir et le faire sonner. La poésie n’est-elle pas une cinématographie courte et hallucinée à la recherche d’un beau ? La présence du sens sert à justifier un langage en vérité égocentrique, ici et là seul pour lui-même. La présence du sens dans le texte dissimule l’idée d’un langage assez altier pour réclamer sa suffisance. C’est masquer la vérité du signifiant se signifiant lui-même. Voilà un beau retroussement de manche pour un bon pugilat…

Tous les sujets en poésie ne sont-ils pas trop universels, n’ont-ils pas tous un peu traits à la même chose ? Le beau de la forme serait dire la chose d’une manière qui soit unique, la transplanter, lui donner un nouveau corps qui soit une structure belle, nouvelle et unique, se regardant elle-même au jeu de ses miroirs. Afin que le sens devienne le corps dont il se revêt, afin que l’esthétique ne devienne pas la bannière du sens mais le sens à lui tout. Intérêt, quel intérêt ? L’universel, la poésie le banni : seule la cristallisation de l’instant compte. La poésie purgée de l’universel propre à tous, trop commun, est une chose qui veut être fini et ne veut pas avoir d’égal.

Sens grotesque et vendu à tous, saisi-toi au vol à un moment de ton universel, disparais dans ta beauté unique et passagère.

Enzo Bossetti

mardi 1 juin 2010

un an jour pour jour

L’eau miroitait doucement, frottait délicatement ce beau rocher, une lumière reflétait ce paysage. La réalité s’offrait alors à nos yeux ébahis. Un an jour pour jour. Les morsures du temps te feront changer, te feront oublier lentement.
Des vagues se soulevaient, se superposaient. Ton cœur je l’imaginais. L’azur, rond et tranquille s’étendait au loin. Du bleu dans le regard, du vert dans les pas, de l’orange dans la tête, tout se mélangeant. L’instant flottait on ne sait trop où. Je ris et pleure de tout cela. Je ne peux oublier, je ne peux souffler, je ne peux pleurer. T’embrasser ? J’en rêverais. Se souvenir d’une nuit, un an jour pour jour. Moment sublime, me quitteras-tu ?
Tout recommence, tout se répète dans ce beau cercle vermeil. Les feuilles après être tombées, se relancent encore. La mort m’éclaire. Le beau s’assombrit, s’oublie.

Thomas Debris

splendide vertu

Ni remords, ni regrets, combien de temps. Verrais-tu tout ça cher ami ? Au bord de la falaise le monde est rond comme un jour tu me le dis. La mer tranquillement s’étend, les vagues se soulèvent, se superposent dans ce triste méandre. L’eau comme le ciel est bleue. L’eau comme le ciel reflète le soleil. Tes cheveux couverts par le vent flottent au loin, tu aimes les caresser. Ton beau visage sourit, tu ne sais plus trop après tout. Cela prendrait-il fin. Attendre n’est rien, les larmes sont vaines. Le même refrain un an jour pour jour, ici où tout est vert, sinueux, le même refrain, la même chanson, la douce mélancolie, tranquille. Penserais-tu au passé ? Au fond ne serais-tu pas un exalté, ne prendrais tu pas la vie dans toute sa folie, son absurdité ? Je ne sais plus trop seulement pourrais-je te répondre. Toi ici, encore, les cheveux au vent, encore. Dehors la tristesse m’attend, si sombre, si dure. Toucher le silence. Si seulement, si seulement. Le monde s’étend paisiblement, les pas cognaient un sol mou, gris. Je te laisse dormir, un peu de tendresse ?

Une prairie d’azur blanc, un ciel de neige bleu, des sillons rappelant cette mort. Mélancolique tu dis. Tout est possible ! Et oui tout est possible, crois, rend aux idées leur statut. La mer frottait ce paysage, la falaise s’érodait sous ce triste ciel. Le spleen s’emparant du jeune homme il rit. Ah Hermine si seulement tu savais, si seulement tu savais. Mon cœur pour ta mort je l’ai façonné. Pour tes yeux je l’ai détruit. Pour ta voix je l’ai construit. Deux personnes dans cette pièce. Ici lui l’homme ne sait plus trop, rêvant de l’embrasser il se pend, pense à Hermine et dans un dernier saut se suicide doucement. Seul le craquement de ce tabouret est entendu à l’autre bout du monde. Lui, il souffre, crie, heureux il n’en peut plus, heureux il te dit : « je ris mais toute ta vie les marques sur ton visage à mon absence seront due, quoi je meurs ? Et bien oui je revois chaque scène, prêt a tout revivre je te laisse un dernier cri ! La beauté est ici, son masque de pierre tombée je vois tout, le sert contre ma poitrine. Adieu haha ». Je ne suis plus amoureux des étoiles. Son désespoir je lui laisse lâchement, on coule, on revient et comme lui on se pend. Viendrais-tu me voir, toi Mathilde. Prénom par-dessus tout que j’aime. Ne mélange pas tout, je ne suis pas une femme comme ça. Tu viens me voir, je te laisse, te claque et crie à ce monde bleu : Aucun regret mais Robespierre à toi toujours je pense, Vertu rejoins moi, tue moi !
Paris, l’ennui 24 mai 2010.

Thomas Debris

jeudi 27 mai 2010

sonnet 3

Etre malade me rappelait ma solitude,
que la nuit était douce, que le jour était rude.
Comme les brindilles brulées qui crépitent sous l'amphore.
Mon corps abattu entendaient l'esprit des morts.

Triste tel le marin abandonné au port,
Et glauque ainsi des affamés sur un tas d'or.
Moi j'errais hagard entre le Nord et le Sud,
Je passais d'une souffrance à l'autre sans interlude.

Héritages anormal des incohérents sorts,
flétri comme un vieillard lassé par l'habitude.
La tête avait raison, le coeur avait lui tort.

Les pavés sales ne formaient chez les pans qu'un corps.
Je fixais la lumière basse d'un soleil soluble,
Et fiévreux, je délirais sur sa belle flore.

Arthur Levassor

mardi 25 mai 2010

vive vertu (éditorial n°5)

Ici où la contradiction si fit je puis seulement tout te raconter, tout te souffler. Là où le langage se désagrège, se dissout dans notre monde, la Poésie seule maîtresse. Comment te comprendre ? Te jeter cette pierre ? Le pourrais-je seulement à toi, oui toi. Le cœur te connaît trop bien, t’imagine trop bien. Des paysages il en aura vu : ces bords de Seine où l’eau tranquillement tapote les parois, ces soirs où tu rentres trébuchant, ces moments où ridicule tu avoues tout. Que dire, prendre corps, figer la glace du mouvement dans ton regard. Source belle d’effroi que jamais tu ne vis, tu brilles, t’enroules, te perds jusqu’à n’en plus voir le bout. Tu pourrais me dire oui à quoi bon ? Que te répondre, sois contradictoire, souffle sur ta vie, les disjonctions tu n’en as que faire. Je veux te dire, n’oublie pas ceci : je veux. Te prendrais-je pour un imbécile ? Oh non cher ami, prend corps dans la poésie, détruis cette vie de misère où seul tu te promènes, pleure chaudement dans ton lit.

La chanson bleue, l’entends-tu ? La ressens-tu ? Vois-tu tous ces souvenirs briller de mille feux. Vois-tu cette forêt où un jour tu te promenas ? Tout ça détruis-le, désagrège-le dans ta voix, oubli, transforme, crée et n’oublie pas : je veux.
Se presser contre soi tu me dis ? Sourire ? Le pourrais-tu ? Tu me fais bien rire. Comment te dire. Rien n’est à comprendre, sentir couler sur soi les mots, les illuminations divines de chaque phrase. Bientôt il ne suffira plus de tout ça.
Les lettres s’alignent ici, résonnent dans nos cerveaux, mais pourquoi ? Fruit pourri d’une éducation, tout résonne en un regard.
Un peu de raison après tout, que pourrait-il y avoir de mieux ? Je veux que tu me touches, je ne pense qu’à toi. Désagrège cette langue, oublie-la, détruis-la. Je te désire, mon grand projet. Aimer, ne pas aimer, est-ce la question ? Je ne pense pas. Mettre fin à tout ça. Sentir le soleil frotter notre peau, le prendre profondément, l’oublier, et ? Oui en faire ce que tu aimes, Vie, Poésie !

Thomas Debris