dimanche 13 juin 2010

que cherche-t-on ? (éditorial 1, #6)

« Et avec un ravissement exalté il crut comprendre
dans ce coup d’œil l’essence du beau,
la forme en tant que pensée divine. »


Ils croyaient qu’on leur avait volé tous les discours possibles. Tout avait été débattu, la messe était dite en toutes les langues, aucun point de vue n’était plus original. Le pour et le contre se côtoyaient dans la tombe et l’entre deux était toujours d’un fade stérile et inconséquent. Pourtant, quelque chose les démangeaient, comme un exéma dont on n’arrive pas à se défaire : ils voulaient encore parler. Ils voulaient encore parler, alors heureux et ensemble, ils choisirent une éthique du rien : sans plus rien dire qui ait du sens, pourtant ils parlaient. Désintéressés des préjugés et des choses subtiles mais déjà entendues, qu’avaient-ils à perdre en ne disant rien ? Après, la mise en forme était automatique. Elle découlait d’un non-sens qu’ils ne cherchaient pas mais qu’ils trouvaient spontanément, et plus beau que s’ils avaient voulu s’exprimer dans la contrainte du sens. Mais qu’est-ce que la parole en poésie ? Est-ce dire des choses, ou bien au contraire la parole poétique est-elle favorisée par le néant sémantique ? Cette parole pourrait se figurer dans un agglomérat de sons, dans une partie de ping-pong mentale où les adversaires seraient le faire voir et le faire sonner. La poésie n’est-elle pas une cinématographie courte et hallucinée à la recherche d’un beau ? La présence du sens sert à justifier un langage en vérité égocentrique, ici et là seul pour lui-même. La présence du sens dans le texte dissimule l’idée d’un langage assez altier pour réclamer sa suffisance. C’est masquer la vérité du signifiant se signifiant lui-même. Voilà un beau retroussement de manche pour un bon pugilat…

Tous les sujets en poésie ne sont-ils pas trop universels, n’ont-ils pas tous un peu traits à la même chose ? Le beau de la forme serait dire la chose d’une manière qui soit unique, la transplanter, lui donner un nouveau corps qui soit une structure belle, nouvelle et unique, se regardant elle-même au jeu de ses miroirs. Afin que le sens devienne le corps dont il se revêt, afin que l’esthétique ne devienne pas la bannière du sens mais le sens à lui tout. Intérêt, quel intérêt ? L’universel, la poésie le banni : seule la cristallisation de l’instant compte. La poésie purgée de l’universel propre à tous, trop commun, est une chose qui veut être fini et ne veut pas avoir d’égal.

Sens grotesque et vendu à tous, saisi-toi au vol à un moment de ton universel, disparais dans ta beauté unique et passagère.

Enzo Bossetti

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